L'IA en santé n'est pas seulement une affaire de diagnostic. Elle est aussi entrée dans le service facturation, et la Blue Cross Blue Shield Association vient d'en chiffrer l'effet sur ses comptes : 942 millions de dollars de dépenses supplémentaires entre 2023 et 2025.
Le mécanisme
Aux États-Unis, un séjour hospitalier est payé selon un groupe tarifaire déterminé par les diagnostics inscrits au dossier. Ajouter un diagnostic secondaire peut faire basculer le séjour dans une catégorie mieux rémunérée. C'est précisément là que se concentre l'écart relevé : environ 70 % du surcoût, soit plus de 650 millions de dollars, provient de diagnostics secondaires qui ont fait changer le séjour de groupe tarifaire.
L'assureur note que ces diagnostics-là se déduisent souvent d'une seule valeur de laboratoire, ce qui en fait une cible idéale pour un outil automatique : la machine relit tout le dossier et ne laisse rien passer, là où un codeur humain serait passé à côté.
Les chiffres
La part des séjours facturés comme complexes est passée d'environ 37 % début 2023 à près de 40 % fin 2025. Sur la même période, plus de 60 % des groupes hospitaliers ont adopté des outils de codage assistés par IA. Les soins correspondants, eux, n'ont pas évolué : les patients n'étaient pas plus gravement atteints.
Ce que l'étude ne prouve pas
La prudence s'impose, et l'assureur le reconnaît. L'analyse repose sur les demandes de remboursement, pas sur les dossiers médicaux complets. Elle ne nomme ni hôpital ni éditeur de logiciel, et n'établit pas de lien de causalité formel entre l'outil et chaque hausse constatée. Une partie de l'écart peut aussi relever d'un codage plus exhaustif, donc plus juste, et non d'un codage abusif. C'est tout le débat : la même IA peut corriger une sous-facturation historique ou fabriquer une surfacturation.
Pourquoi ça compte en France
Le système français fonctionne lui aussi par groupes homogènes de séjours, avec le même principe de diagnostics associés qui modifient la valorisation. Les outils d'aide au codage progressent dans les départements d'information médicale. La question posée outre-Atlantique arrivera donc ici : qui vérifie l'IA qui facture, et avec quelle traçabilité.